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LE CASTERA

Publiée le 21/04/2017

 

 
 
 

Le Castera

Le Castéra est un mot générique d'origine gasconne qui désigne une forteresse. La maison forte de Saint- Médard-en-Jalles se trouve à l'heure actuelle dans la Poudrerie Nationale (SNPE), au sud du bourg.


SAINT-MÉDARD À LA FRONTIÈRE
DU MÉDOC ET DES LANDES


Saint-Médard est une commune à l'entrée des Landes. Elle est traversée par un ruisseau, la Jalle, qui prend sa source à l'ouest de la commune pour se jeter dans la Garonne. Mais auparavant, elle traverse la Poudrerie et c'est là qu'elle rencontre le Castéra construit sur sa rive droite. Celui-ci est situé au milieu d'un marécage: le sol est composé d'argiles et de tourbes. Ce contexte ne fut pas favorable à la conservation du château au cours de son histoire.


Lors de sa création, le Castéra devait dépendre de la juridiction de Corbiac dont l'église est située à 2 km au sud. L'abbé Baurein nous apprend qu'au XVIIIe siècle encore, la Jalle était soumise à des crues redoutables qui empêchaient les fidèles de se rendre à Saint-Médard-en-Jalles ; cela expliquerait la fondation de l'église paroissiale de Corbiac (celle-ci, au XVIIIe siècle n'est plus qu'une chapelle).


CONSTRUIT QUAND ? ET PAR QUI ?


La maison forte de Saint-Médard semble avoir posé, il y a encore peu de temps, des problèmes de datation: XIIIe ou XIVe siècle? A l'heure actuelle, la première moitié du XIVe siècle semble faire l'unanimité. Cependant, l'abbé Baurein signale qu'en 1296, les sources écrites font apparaître une localité du nom de Puech Castet. Peut-être s'agit-il de l'emplacement de cet édifice, car celui-ci a été élevé sur une motte naturelle (puech: élévation en gascon).


Son histoire la plus ancienne est inconnue, mais elle devient plus claire à partir du XVIIe siècle. A cette époque, il était enclavé dans la juridiction de la Motte Gayac ou Gajac dont le seigneur était M. de Montaigne, conseiller au Parlement. Celui-ci vendit des terres au sieur Dupérier, propriétaire de la maison noble de La Fon, pour y établir des moulins à poudre le long de la Jalle. Le Castéra passa dans les biens de la famille de La Fon à une date indéterminée, il y resta jusqu'au XVIIIe siècle. A la Révolution, il appartenait à la veuve de M. de Basterot, mais elle émigra; le château fut alors saisi et mis en vente pour la somme de 900 francs. En 1850, il devint la propriété de M. Jardel de Larroque, amateur d'archéologie qui fit réparer la tour ouest. Cette même année, le château reçoit une première visite de Léo Drouyn. Il y reviendra en 1862 et fera de nombreux dessins, plans et eaux-fortes, ce qui montre son intérêt pour « ce petit château » qu'il qualifie de « pittoresque ». Son étude du site sera publiée en 1865 dans la Guienne militaire. Cependant une explosion, survenue en 1887, fait s'écrouler une partie du château déjà endommagée dans la Jalle.

 

UNE FORTERESSE MINIATURE

 

Le bâtiment lui-même est un carré de 17,60 mètres de côté avec des tours à chaque angle, orientées aux quatre points cardinaux, reliées par des courtines hautes de 10 mètres.Commençons la visite par le rez-de-chaussée. L’entrée dans le château se fait par la face nord. Elle est munie d'une porte en arc brisé à double rang de claveaux, dont le premier a presque complètement disparu. Elle était munie de vantaux bloqués par une barre. De chaque côté de la porte se trouve une archère en croix pattée et au-dessus, une niche qui, d'après Léo Drouyn, contenait des armoiries (Viollet-le-Duc la représente avec une statuette).

Chacune des courtines est percée de deux archères. Celles-ci possèdent une fenêtre de tir pourvue d'une voussure en arc en plein-cintre à double cla-veau.Viollet-le-Duc mentionne des hourds saillants sur la façade d'entrée. Léo Drouyn, sans polémiquer, contredit cette hypothèse basée sur la présence de trous dans la maçonnerie qu'il identifie plutôt comme des boulins d'échafaudage, du fait de leur faible profondeur (5 cm).

 

LA FAlBLESSE DE L'ASPECT DÉFENSIF

 

Le Castéra était protégé à l'est, par des terres alluviales et, à l'ouest, par la Jalle dont les abords marécageux et les eaux abondantes rendaient le franchissement difficile. Un fossé inondé, alimenté par la rivière, devait entourer les fortifications et compléter le système défensif extérieur. Un second fossé, transformé par la suite en canal de dérivation, devait délimiter la basse cour.

L’architecture nous révèle, sans aucun doute possible, la vocation militaire de la construction, mais rien n'indique qu'elle ait joué un rôle stratégique, comme ce fut le cas du château de Blanquefort situé en aval sur la même rivière. L'aspect défensif est cependant surtout ostentatoire et ses concepteurs ont dû allier confort résidentiel et sécurité des lieux.Trois tours sont bâties de manière identique. La tour est, quant à elle, contient un escalier de pierre qui menait à un che-min de ronde protégé par un parapet crénelé.

Les projectiles partant des arc hères des courtines, ne se croisaient qu'à cinq ou six mètres de celles-ci et n'assuraient pas le flanquement des tours qui se trouvaient, de ce fait, à découvert.

Ainsi donc, les fossés, les barrières extérieures et la masse des tours étaient peut-être suffisamment dissuasifs.

Entrons maintenant à l'intérieur du Castéra : le carré intérieur est divisé en trois parties presque égales par deux murs.Ces murs sont postérieurs à la construction primitive, car leur édification a condamné en partie quatre archères. Ils ont remplacé des piliers isolés (en bois ou en pierre) qui soutenaient le plancher du premier niveau supporté par des corbeaux encore visibles. Ce rez-de-chaussée était consacré à la défense de l'édifice, la partie résidentielle étant située aux étages.

Grâce aux trous de solives et aux seuils en encorbellement des quatre portes en plein-cintre situées à l'étage et donnant accès aux tours, on sait que la hauteur du rez-de-chaussée était de 2,50 mètres. Intéressons-nous maintenant à ces tours. Celles-ci sont massives. Leur espace intérieur est éclairé par une petite baie.

 

 

LES PARTIES
HAUTES RÉSERVÉES AU CONFORT


Qu'en est-il des étages? On y accédait par un escalier en bois. En ce qui concerne le premier étage, il s'agissait de la partie noble : c'est la résidence du maître des lieux. Ces appartements seigneuriaux étaient divisés en quatre pièces.

La hauteur sous plafond n'est pas uniforme, ce qui indiquerait la présence d'un entresol. De grandes fenêtres à moulures subtrilobées se trouvaient dans les pièces dont la hauteur était de 4,50 mètres. Elles étaient séparées en deux dans leur largeur par un meneau vertical. Sans nul doute, il s'agissait des pièces d'habitation.

Dans d'autres parties en revanche, de petites fentes de jour éclairaient des pièces d'une hauteur de 2,50 mètres. On suppose aussi la présence de combles habités.

Au nord, la courtine est percée de deux petites fenêtres à meneaux et croisillons mesurant 0,22 mètre sur 0,65 mètre. La courtine orientale, quant à elle, est munie de deux grandes baies avec des sièges en pierre (coussièges).

En ce qui concerne le confort, au sud, des appartements de moindre hauteur sont pourvus de placards carrés en pierre, à quatre compartiments. En outre, chaque pièce garde l'empreinte d'une cheminée.

Dans la tour nord, on note la présence de latrines à conduit biais, ainsi que sur le mur sud-ouest où elles sont en encorbellement sur deux assises et accessibles depuis la tour ouest.

Dans son aspect général, le Castéra se présentait donc comme une demeure féodale confortable, mais aux moyens défensifs rustiques et essentiellement ostentatoires. Comme à son habitude, Viollet-le-Duc nous en donne une représentation hypothétique intéressante, toutefois sujette à controverse, comme le fit remarquer Léo Drouyn. Celle-ci a du moins le mérite, si l'on fait abstraction des détails, d'éclairer notre imagination, par exemple en ce qui concerne sa couverture.

En 1839, M. Durand, dans sa description du château, se réjouissait du fait que le Castéra n'avait pas eu à souffrir d'altérations liées aux ajouts postérieurs. Et il ajoutait « la solidité de sa construction lui promettrait une durée indéfinie si, par quelques travaux, aussi faciles que peu coûteux, on le garantissait de l'action des eaux qui le minent » ; Souhaitons-le.

 

Aujourd'hui, le site appartenant à L'Etat (situé en zone militaire) et le chemin d'accès étant privé, le château est inaccessible au public.

 

 

COMMENTAIRE AQUITAINE HISTORIQUE

 

Concernant cet édifice et sa préservation, voici un échange de courriers datés de novembre 1931, entre l'ingénieur en chef militaire des Poudres, directeur de la Poudrerie Nationale de Saint-Médard-en-Jalles, et la Préfecture de la Gironde:
Le 9 novembre, le Directeur de la Poudrerie demande à Monsieur le Préfet si le Castéra est classé comme monument historique, dans le cas contraire si l'Administration compétente envisage le classement et si elle dispose de crédits pour empêcher la ruine de l'ouvrage.
A cela, la Préfecture transmet, le 15 novembre, la réponse de l'archiviste du département que voici :

 

« ... Je ne crois pas qu'il soit opportun d'insister de nouveau auprès de la direction des Beaux-Arts et de demander le classement du « Castéra» ou même simplement l'inscription à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques pour la raison bien établie par Léo Drouyn en 1865 que ces ruines sont appelées à disparaître sous un avenir très prochain. Léo Drouyn a, en effet, fait observer que la jalle coule actuellement dans un llt dont le fond s'exhausse rapidement: encore quelques années, écrit-il, et ces eaux détruiront ce qu'elles avaient mission de protéger. L’écroulement partiel de 1887 a confirmé ses prévisions »


On est surpris de constater que les autorités militaires, qu'avec un a priori négatif, on aurait pu croire peu enclines à se soucier d'un patrimoine architectural, fut-il castral, ont reçu pour réponse de la part d'une personne dont le rôle était, entre autres choses, de favoriser la protection du patrimoine, qu'il était inutile de s'en inquiéter, car celui-ci était destiné à disparaître !

Voilà un bien curieux et regrettable avis, qui plus est, fondé sur une mauvaise interprétation d'un commentaire de Léo Drouyn, alors même que celui-ci regrettait cet état de fait. Si l'on salue l'initiative du directeur de la Poudrerie, il n'en est pas de même pour monsieur l'archiviste. Pour ne pas rester sur cet « outrage » fait à l'esprit qui animait notre célèbre historien, nous tenons à rétablir la réalité de ses propos.

Ainsi, lorsqu'il prédit la destruction de l'édifice, c'est en simple conclusion des méfaits qui résulteraient de la configuration des lieux. Il ne s'agit en aucun cas d'une prescription à l'abandon de toute tentative de sauvetage. D'ailleurs, il se félicite de la réparation de la tour ouest, effectuée vers 1839 par l'architecte M. Durand : « Cette opération difficile fut faite avec succès, et maintenant la tour paraît inébranlable ».


L’intérêt de Léo Drouyn pour le Castéra est encore plus clairement exprimé dans la conclusion de son étude. Il suffit de lire ses propos enthousiastes pour s'en rendre compte :

 

« Lorsque l'on aperçoit Le Castéra, on ne se sent pas pris de cette profonde tristesse qui saisit le coeur à la vue des ruines de Budos ou de Rauzan; en pénétrant dans son enceinte, une sorte de terreur vague et superstitieuse ne retient pas sur le seuil, comme sur celui de la porte du donjon de Langoiran ou comme à l'entrée des fossés de Villandraut et de Roquetaillade. Le Castéra est si petit, d'une si jolie couleur, que ses ruines égaient le paysage et paraissent faites exprès pour l'ornement d'un parc. Ses courtines sont si peu élevées, si pittoresquement tapissées de lierre, d'églantiers et de clématites, que les fantômes disparaissent et qu'on oublie les lugubres histoires, inventées par les romanciers et même certains historiens modernes et passées à l'état de légendes et de traditions, pour ne voir que les petits oiseaux voltigeant dans les branches des gros chênes, des hauts peupliers et des aulnes qui l'encadrent et le couvrent de leur ombre ».

 

Sans préjuger des possibilités techniques ou financières de conserver ce patrimoine, on est tenté de penser que seul un esprit malsain a pu détourner la pensée qui anime ce passage au profit d'un laxisme administratif.

Dans ces conditions, la phrase destinée aux eaux de la rivière, semble plus appropriée à monsieur l'Archiviste qui préférait laisser détruire ce qu'il avait mission de protéger.

 

 

Texte intégral publié dans la revue ‘’Aquitaine Historique’’ (n. 73 de mars-avril 2005), réalisé par Laurence CORRET, maîtrise d’histoire.
Avec l’aimable autorisation de Aquitaine Historique, 2, rue Paul-André-Noubel, 33140 Villenave-d’Ornon.

Texte intégralLe Castéra dessiné par Léo Drouyn en 1863(Eau-forte n° 789/1-La Guienne militaire)

Représentation hypothétique du Castéra par Viollet-le-Duc (1854-1868).Dictionnaire raisonné de l’architecture du XIe au XVIe siècle).

Dessin de Léo Drouyn représentant l’intérieur du Castéra. Cette vue permet d’observer en détail certains élé-ments d’architecture (baies, archères, placards…); Eau-forte n° 789/2. La Guienne militaire. 1863.

Plan du 1er étage. (Archives départementales de la Gironde)

 

Sur cette vue, prise de l’intérieur, on peut apercevoir les niches des archères du rez-de-chaussée, l’entrée d’une des tours, les baies du 1er étage, un pan de mur de séparation et les trous de solives qui déterminent les différents niveaux.

 

Fenêtre à moulures subtrilobées et meneau vertical du 1er étage.

 

 

Courtine sud-ouest sur laquelle on note les restes des latrines sur assises.



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