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LE POUJEAU DE LA CHAPELLE

Publiée le 30/09/2017

Le Poujeau de la Chapelle

En empruntant la piste cyclable Saint Médard-Bordeaux et après avoir traversé la jalle sur l'ancien pont de chemin de fer, nous accédons au Poujeau de la Chapelle.
En effet, tout de suite à gauche, en longeant la rivière et dans le premier méandre, se dressaient des fortifications.


C'est grâce entre autres à une recherche de 1891 et signée de l'abbé Caudéran et Marius Surgand, qu'une étude a pu être réalisée par notre concitoyen M. René PUYO.  L'abbé Caudéran était alors curé de Saint-Aubin. Décédé, il y a longtemps, il fut inhumé dans le cimetière de cette commune. Marius Surgand était ingénieur à la Poudrerie. Leur étude est le compte-rendu des fouilles qui furent effectuées à cette époque, lorsque le propriétaire du domaine du Thil fit niveler les deux buttes qui constituaient ce petit ouvrage militaire.
Avant eux, deux chercheurs s'y étaient intéressés : Durand, architecte, qui publia des observations dans les comptes-rendus des travaux de la Commission des Monuments historiques, année 1849, et Léo Drouyn, auteur d'un important ouvrage : "La Guienne militaire,", publié en 1864, dans lequel ce savant érudit étudia les forteresses de la période anglaise de l'histoire de la Gironde.


Où se trouvait cette fortification?


Elle s'élevait sur la rive droite de la jalle dans la boucle que fait ce cours d'eau, après la voie ferrée de Lacanau, en amont du Thil. Elle comprenait deux buttes séparées par une terrasse, le tout baigné par le bras de la rivière dont le cours a depuis été régularisé au-dessus du niveau des eaux : un talus de terre couronnant son sommet. La butte Est, à peu près circulaire, avait un diamètre de 23 mètres et sa hauteur était de 4 mètres.
Entre les deux buttes, séparée d'elles par un bras du ruisseau, se trouvait une terrasse de forme irrégulière dont le terre-plein, un peu plus bas que les buttes, avait une longueur de 24 mètres. A peu prés au centre de cette terrasse, existaient trois massifs de moellons cimentés dans lesquels Durand voyait les vestiges d'une chapelle. Un autre massif était visible dans la butte ouest. Les sépultures furent découvertes en dehors de l'ouvrage au sud-est de la butte circulaire.

 

Origine du nom : Poujeau de la Chapelle?

 

Poujeau est un terme gascon qui signifie: butte de terre, petite hauteur. On trouve plusieurs expressions contenant ce mot dans l'ancien plan cadastral de la commune. Exemple : le Poujeau Levraut à l'ouest du champ de tir de Souge, à la limite des communes de Saint-Médard et du Temple. Une chapelle y aurait existé d'après une tradition populaire : nous verrons plus loin que, contrairement à beaucoup de tradition que se transmettent les générations, celle-ci était exacte. Mais la dénomination : Poujeau de la Chapelle ne paraît pas très ancienne.

 

Origine de cet ouvrage

 

Durand répond à cette question : "La Motte féodale, écrit-il, est parfaitement conservée et à tous les caractères de celles déjà connues et qui ont porté des châteaux antérieurs au XIIe siècle". Les mottes étaient des buttes naturelles ou artificielles sur lesquelles étaient construites dans les premiers temps de la Féodalité, des châteaux-forts faits au début de pieux et de poutres en bois.

 

La tradition populaire y voit les vestiges de "camps de César" que les Romains édifiaient après la conquête de la Gaule pour surveiller les tribus gauloises toujours promptes à se révolter. Or, la peuplade qui s'établit dans notre région au IIIe siècle avant J.C., les Bituriges Vivisques, était d'humeur paisible: elle se soumit sans combats aux conquérants romains dont elle adopta très vite la langue et le mode de vie et elle ne participa à aucun des soulèvements qui agitèrent la Gaule après son occupation.

 

Etait-ce un poste militaire édifié après les premières invasions des Vandales au début du Ve siècle et destiné à défendre un point stratégique ? La proximité du gué du Pas-Jallez par lequel la route de Bordeaux à la région des étangs franchissait la jalle pourrait le faire supposer : mais le cours d'eau n'était pas un obstacle difficile à franchir et l'importance était loin d'égaler celle du Médoc beaucoup plus fréquentée. L'origine de ces buttes est certainement moins ancienne et ne remonte pas au-delà du VIIIe siècle.

 

A la fin de la "Paix romaine", c'est-à-dire après le Ve siècle, la période qui lui fit suite et dura quatre siècles fut l'une des plus sombres de notre histoire, en particulier les VIIIe et IXe siècles qui furent désastreux. Invasions, guerres civiles, avec leur cortège de pillages, de destructions et de massacres, se succédèrent; les plus terribles furent d'abord l'invasion des Arabes, venus d'Espagne, en 732, puis celles des Normands venus du Nord, en 843 et 848, qui ravagèrent notre malheureuse région. Un chroniqueur de cette époque écrivait "Les Danois incendièrent Bordeaux en Aquitaine après l'avoir pris et avoir massacré sa population"

 

 

En 876, le pape Jean VIII, autorisait Frotaire, archevêque de Bordeaux, à abandonner définitivement son siège, adressait aux habitants de la cité, la lettre suivante : "C'est la province de Bordeaux presque tout entière qui a souffert des persécutions des païens, non seulement l'archevêque ne peut plus donner de quoi vivre à ceux qui dépendent de lui, mais il n'y a même plus de fidèles à posséder un toit". Si une ville aux remparts solides n'avait pu résister aux assauts des envahisseurs, on peut sans peine imaginer le sort, affreux, qui fut celui des populations sans défense des campagnes.


Il se trouva des hommes farouches et courageux autant qu'ambitieux, qui organisèrent la défense de ces populations, exigeant en contre-partie leur soumission : ce fut l'origine de la Féodalité. Pour assurer leur propre sécurité, et celle de leurs protégés, ils firent édifier en des lieux faciles à défendre, des ouvrages fortifiés, d'abord très modestes construits au début en bois, sur des mottes, souvent artificielles, lorsque dans un pays de plaine, il n'existait pas de buttes naturelles. Le Poujeau de la Chapelle est, à n'en pas douter, l'une de ces mottes. Il en existe deux autres à Saint-Médard : l'une appelée le "trou de la Motte" à l'entrée d'Hastignan, l'autre au lieu-dit Bialade, entre Picot et Piquès, au sud de la route de Bordeaux à Lacanau.

Mis à part les piliers (plus exactement les socles), il n'a pas été trouvé au cours des fouilles effectuées au Poujeau de la Chapelle, de traces de fondations de murailles, mais en revanche, beaucoup de matériaux et d'objets découverts étaient en partie calcinés, tandis que d'abondants débris de tuiles recouvraient la partie supérieure des mottes. De ces faits, on ne peut ou ne pas conclure que les constructions qui s'élevaient là furent incendiées et qu'elles étaient en bois, puisqu'il n'y avait pas de vestiges de murailles!
La découverte de pièces de monnaie frappées à la marque des rois d'Angleterre Richard Coeur de Lion (1189-1199) et Henri III (1317-1358) permet, d'autre part, d'affirmer que cette forteresse était encore occupée au milieu du XIVe siècle. Pour expliquer la présence de ces monnaies anglaises, il faut se souvenir que l'Aquitaine se trouva sous la domination anglaise de 1154 à 1453, soit pendant trois siècles Aliénor, fille du duc d'Aquitaine, Guillaume X, après un premier mariage, en 1137, avec Louis VII, roi de France qui la répudia en 1152, épousa la même année, en secondes noces, Henri Plantagenet, duc de Normandie, lequel devint roi d'Angleterre en 1154. Louis VII comprit alors l'erreur qu'il avait commise en renvoyant Aliénor. Il prononça la confiscation des biens d'Henri Plantagnet mais c'était trop tard cette mesure sera sans effet et l'Aquitaine restera sous l'autorité anglaise jusqu'à la victoire des Français à Castillon, en 1453, victoire qui marque la fin de la Guerre de Cent Ans.


A qui appartient le Poujeau de la Chapelle?


Un    érudit a répondu à cette question, dans une étude consacrée à "une    Seigneurie médocaine à la fin du XIIIe siècle : Tiran", publiée dans les Actes du XVIe Congrès d'études régionales de la Fédération historique du Sud-Ouest, tenue en 1963 (Bière, Editeur, Bordeaux).
Au terme de sa savante étude, M. Marquette conclut que "le Poujeau de la Chapelle" - c'est la dernière fois que nous lui donnerons ce nom - était le siège de la Seigneurie de Tiran dont il est fait mention dans plusieurs actes du XIIIe siècle.

Par son testament, en date de 1337, Aude de Tiran, fille de Gombaud de Tiran, léguait à son petit-fils, Raymond Guilhem, de Caupenne "la grande et la petite motte et la chapelle et les moulins de Tiran.. qui se trouvent entre la jalle vieille d'une part et les bois qui sont autour de la motte d'autre pari !' Le testament est conservé aux Archives départementales des Basses-Pyrénées. La description qu'il contient se rapporte bien aux ouvrages dont il a été parlé. Aussi peut-on accepter sans réserve la conclusion de M. Marquette.
 

 

 

Texte et photographies Fiche 1, 2 et 3

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